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Paroles... de formateursL'évolution du métier de formateur au sein des APPLe réseau des Ateliers de Pédagogie Personnalisée (APP) existe depuis 1984. L’origine de ce dispositif de formation repose largement sur la volonté d’ac-teurs de terrain de la formation professionnelle qui souhaitaient répondre de façon adaptée aux besoins individuels des apprenants par la mise en place d'actions de formations ouvertes et flexibles. Quinze ans après, le réseau compte plus de 800 lieux de formation (APP et antennes d’APP) répartis sur l’ensemble du territoire, DOM TOM compris. En 1998, plus de 150 000 adultes ont été accueillis et formés dans les champs de la remise à niveau, de la culture générale et de la culture scientifique et technologique de base. Les actions reposent sur le principe de l’auto-formation assistée, pivot de la pédagogie personnalisée déployée par les équipes pédagogiques. Le travail des APP s’inscrit pleinement dans la perspective de la formation ouverte tout au long de la vie, quels que soient le niveau de formation, le statut, l’âge et le lieu de résidence de l’apprenant.
Le savoir-faire en formation ouverte est spécifique aux équipes pédagogiques des APP. Leur expertise, sur le double terrain de l’individualisation et de la person-nalisation, s’est progressivement constituée en ajustant les valeurs portées par la pédagogie personnalisée aux contraintes et aux opportunités du terrain. Les équipes pédagogiques gèrent des paradoxes au quotidien et inventent ou adaptent, au fur et à mesure, les outils et les ressources nécessaires à l’activité des apprenants. Algora accompagne les APP dans ce cheminement. Faciliter les échanges et la communication, rendre leur activité plus lisible, promouvoir leurs actions, mettre en valeur les innovations, telles sont les principales missions de Algora. Ces missions nous ont amenés à travailler de préférence et naturellement avec les coordon-nateurs des APP, les chargés de mission au sein des DRTEFP et les partenaires locaux, régionaux et européens des Ateliers. Les contacts directs avec les formateurs ont été paradoxalement peu nombreux, la dimension pédagogique ne faisant pas partie intégrante de la mission d’appui de Algora auprès du réseau. C’est pourquoi l’équipe de Algora a éprouvé le besoin de donner la parole à ceux qui l’ont rarement, bien qu’ils soient des acteurs clés : les formateurs. Elle a voulu rendre compte de la spécificité de leur travail qui se différencie des autres actions de formation pour adultes. Devant la richesse du matériau collecté, le bulletin "spécial formateurs", prévu à l’origine avec quelques interviews, a évolué vers une publication à part entière dont l’indicatif "Paroles…" pourrait bien devenir celui d’une collection… Les interviews présentées ci-après dans leur intégralité ont été réalisées par les membres du Comité de rédaction de Algora auprès de formateurs d’APP qui ont bien voulu accepter de se livrer.
En 1996, au cours du projet POLLEN , dans le cadre du programme européen Léonardo coordonné par Algora, Frédéric Haeuw, coordonnateur de l’un des APP impliqués (Roubaix-Villeneuve d’Ascq), propose un texte intitulé "Enseignement ouvert : une nouvelle approche des fonctions formations". Ce texte, d’abord publié dans les cahiers du CUEEP, est mis en ligne sur la plate-forme télématique européenne (Pays Bas, Pays de Galles, Danemark et France) que partage l’ensemble des équipes OLC (Open Learning Center) de l’action POLLEN. Ce texte suscite des échanges qui permettent à nos partenaires européens de mieux comprendre la spécificité des APP, et aux équipes françaises de mieux formaliser la présentation de leur travail. Le double statut de coordonnateur d’APP et de doctorant en Sciences de l’Education à l’université de Lille donne à Frédéric une légitimité certaine pour cerner les principaux points originaux, de l’action de l’APP d’une part, et des compétences nécessaires à sa mise en œuvre, d’autre part. Avec l‘accord de l’intéressé, le Comité de rédaction de Algora décide, en janvier 1999, de se servir de ce texte pour recueillir la réaction de 19 formateurs sur leur rôle et leurs fonctions au sein d’un APP. Pour le Comité, ce texte présente un double intérêt :
Le seul choix qui a présidé à la sélection des APP est celui de la disponibilité des interviewers : employés chacun dans des structures différentes, ils ont, en général, profité d’un déplacement professionnel pour rencontrer des formateurs d’APP. La concertation a permis que l’ensemble du territoire soit représenté. Il n’y pas eu d’autre critère de sélection, si bien que le choix, complètement aléatoire, est censé représenter la profession, même si cette représentativité est loin d’avoir été établie de manière scientifique ! Les interviewers ont pris contact avec le coordonnateur d’APP (le plus sou-vent une coordonnatrice !). Ils lui ont demandé de présenter le projet de cette publication aux formateurs, de les solliciter et de nous indiquer ceux qui acceptaient d’y collaborer, toute interview devant, bien entendu, se faire sur la base du volon-tariat. La démarche d’interview a été élaborée en commun. Une grille d’entretien a été construite sur la base de l’étude de Frédéric Haeuw, puis testée pour permettre d’interroger les formateurs. La restitution de ces entretiens n’a aucune prétention à servir de référence ou de modèle : il s’agit simplement de donner la parole aux acteurs principaux des APP. Lors de la rencontre, l’objectif du travail a été présenté à l’ensemble de l’équipe de l’APP en présence de la coordonnatrice(teur). L’interviewer s’est présen-té. Puis les entretiens ont été réalisés individuellement. Il a été demandé au formateur de se présenter et de faire son "histoire de vie" telle qu’il l’avait conduit à l’APP. Enfin, onze questions s’appuyant sur le texte de Frédéric Haeuw (cf. Grille d’entretien) ont été posées. Les textes rédigés à la suite des entretiens ont été mis en forme et en cohérence les uns par rapport aux autres pour conduire au résultat présenté ici.
En donnant la parole aux formateurs, nous avons voulu laisser s’exprimer leur personnalité. Cependant, nous avons relevé un certain nombre de constantes qu’il nous paraît intéressant de mentionner ici. Tout d’abord, un grand nombre de formateurs, notamment en mathématiques et dans les domaines scientifiques, est surdiplômé : les bac+5, voire bac+6 ne sont pas rares. La plupart d’entre eux ne ressentait pas, a priori, une vocation particulière mais a découvert ce métier par hasard, en fonction d’opportunités, souvent sans savoir ce qu’était un APP. La diversité de leurs parcours, la richesse et la pluralité de leur expérience font d’eux des formateurs d’un type original, particulièrement ouverts à la spécificité des publics qui leur sont confiés et aux problèmes que ceux-ci rencontrent. Aucun n’a affirmé que ce métier était le dernier qu’ils exerceraient : beaucoup ont déjà d’autres projets à plus ou moins long terme. Au cours de quelques mois ou années de pratiques, ils sont complètement impliqués, satisfaits, voire très satisfaits de leur activité qu’ils trouvent valorisante. L’aspect humain, relationnel, l’individualisation de la formation leur permet de créer des relations fortes avec les apprenants, spécificités qui constituent le principal intérêt du métier tel qu’il est exercé en APP. Si bien qu’ils n’hésitent pas à consacrer une partie de leur temps personnel à préparer leur travail et à mettre à jour leurs connaissances. Plus que d’autres formateurs, ils cherchent continuellement à améliorer leurs pratiques, à acquérir de nouvelles connaissances, à se remettre en question. Ils sont demandeurs de formations de formateurs spécifiques qui, apparemment, n’existent pas sur le marché, et d’échanges entre équipes pédagogiques. Certains vont jusqu’à revendiquer une évaluation de leur action, éventuellement par des pairs en provenance d’autres APP, pour une meilleure visibilité de la qualité de leur action. Ils ont le sentiment d’exercer leur fonction de manière originale, de contribuer à l’évolution du métier et d’appartenir à un réseau constitué. Former les apprenants en les mettant au coeur des préoccupations leur paraît être le meilleur moyen d’obtenir des résultats satisfaisants. Leur implication est telle qu’ils n’expriment aucune revendication quant à leur statut (souvent très divers et précaire), leurs salaires ou leurs conditions de travail. L’obsolescence de la convention collective, qu’ils méconnaissent le plus souvent, ne semble pas les concerner, comme s’ils constituaient une catégorie à part, ce qu’ils sont, de toute évidence. Faut-il interpréter ce silence comme un désintérêt pour une reconnaissance professionnelle compensée par une reconnaissance sociale constatée tous les jours ou comme l’expression d’une souffrance trop grande pour être exprimée ? Rien ne permet de prendre position sur ce point. Avertissement : ce document n’est pas un roman ! Sa lecture demande "une certaine gymnastique" pour relier les propos de Fréderick Haeuw, la grille d’entretien, et enfin, les interviews des formateurs. A lire donc avec "une certaine modération", une ou deux interviews par jour, c’est le conseil de Algora ! Algora et les membres du comité de rédaction qui ont collaboré à ce travail tiennent à remercier l’ensemble des personnes, (y compris les formateurs dont les interviews ne sont pas publiées dans ce recueil), qui leur ont consacré du temps et leur ont réservé, à chaque fois, un accueil chaleureux. Françoise Leplâtre, Centre Inffo et Jean Vanderspelden, Algora |
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